* Dix personnes ont
participé à cette session, des libanais
et des palestiniens ayant une relation
avec le travail culturel ou éducatif
dans les camps palestiniens au Liban. La
préparation s’est déroulée pendant 8
jours à raison de 4 heures par jour.
* La préparation a commencé par
l’analyse de différentes sortes de
contes : le conte populaire, le conte
lyrique, les mythes et les biographies
populaires, les souvenirs… Ensuite nous
avons procédé à la lecture de quelques
exemples et à la discussion autour des
besoins qui aboutissent à la naissance
des contes dans les sociétés.
* Après, nous avons découvert
l’importance des compétences de
communication dans la narration : le
contact visuel, la narration entre les
parole et le silence, entre la masse et
le vide, le rythme du conte et les
compétences de montage cinématographique.
* Puis, nous avons commencé par
introduire des textes traitant les
guerres que nous avons rassemblés au
cours de l’atelier théâtre pendant les
Intifadas palestiniennes et pendant la
guerre du mois de juillet et autres
guerres. Ce travail fait partie aussi de
notre recherche actuelle qui se déroule
autour du thème : « Troie ou la sagesse
des défaites ».
* Les gens ont commencé par se souvenir
des moments douloureux ou drôles (la
blessure fait rire parfois) de leurs
expériences pendant les différentes
guerres du Liban. Après chaque couplet
de la chanson « je vais t’apporter dix
carton… », que Ziyad a composé sur les
aides apportés au camp Badaoui, celui
qui avait le rôle racontait son histoire
suivie par la chanson.
* Petit à petit chacun de nous a
commencé à raconter des souvenirs plus
profonds, plus intéressants et encore
plus douloureux. Et au cours des deux
dernières présentations, nous avons pu
trouver des textes reflétant
l’expérience de ce joli groupe : Najwa
en entendant les palpitations de son
cœur croit entendre quelqu’un qui frappe
à sa porte, la nuit entre deux raids.
Laila raconte un témoignage des dossiers
de Jana au cours de la catastrophe de
1948 : « pourquoi prendre les clés ? !
». Bouchra en raconte l’exode du camp de
la rivière Al Bared, elle fait la
remarque : « nous aussi, on a pris les
clés ! ». Ziyad nous parle de la
disparition de son roman qu’il a pris 3
ans à écrire dans les ruines de sa
maison dans le même camp. Il se souvient
de quelques extraits poétiques touchants.
Mohamed – après avoir « palestiner » «
le renard et le chien » de La Fontaine –
nous lit un poème personnel et patriote
en même temps qui nous fait procurer les
mêmes sensations qu’il ressent. Moustafa
et Lamiya nous raconte « Ô Liban », une
guerre sauvage qui se lève à cause d’une
goutte de miel, qui détruit tout et où
les négociateurs des deux camps se
demandent : « d’où est-ce qu’elle est
arrivée cette destruction ? ». Nisrine
lit le premier discours de Rachel Coury
en américain et libanais avec une
délicatesse susceptible qui ne laisse
personne indifférent. Roula, dont le
regard fuyant s’est transformé en regard
perçant, nous parlent de son analyse «
du tiers » qui suppose que tous les
côtés du conflit au Liban sont en
coulisse. Enfin, Ali, réalisateur /
assistant, qui a défié la résistance «
des acteurs », organisé « le collage »
de la dernière présentation et proposé
l’idée d’allumer une bougie au début de
chaque témoignage. Je n’oublierai jamais
l’intensité du dernier acte quand les
conteurs ont quitté leur place, laissant
derrière eux 10 bougies allumées sur le
petit plateau de l’école de Bremmana. Je
les remercie tous pour cette expérience
assez difficile mais riche en même
temps.
Au cours de cette semaine, la musicienne
Nancy Evens nous a aidés à trouver les
sons de la guerre avec des instruments
simples, Mo’taz Al Dajani nous a rendu
visite pour nous parler de l’expérience
de Jana, et Najwa et Ziyad ont participé
à une nuit égyptienne centrée sur le
musicien et chanteur exceptionnel
Moustafa Sa’ed.